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Présentation dune base de
données géochimiques sur le magmatisme protérozoïque du bouclier Arabo-nubien
Denis Thiéblemont
Résumé
A partir dune recherche bibliographique et
danalyses nouvelles effectuées entre 1993 et 1998 dans le cadre de différents
projets de recherche, une compilation danalyses géochimiques sur roche totale est
effectuée qui couvre le magmatisme protérozoïque supérieur du bouclier arabo-nubien.
De lordre de 2000 analyses sont ainsi collectées, portant sur environ 300 unités
géologiques, et dont près de 900 incluent des dosages précis des éléments traces.
Cette information couvre les différentes périodes de magmatisme (volcanisme et
plutonisme) classiquement reconnues dans les synthèses sur lévolution
géodynamique du bouclier arabo-nubien au Protérozoïque supérieur.
La forte analogie entre le volcanisme et le
plutonisme dâge supérieur à 700 Ma et le magmatisme des arcs insulaires actuels
est confirmée. Une signature adakitique est localement décelée qui permet
denvisager des phénomènes de subduction de plaques " jeunes et
chaudes ".
Une suite calco-alcaline de " type
arc " sobserve également au sein de groupes volcano-sédimentaires
dâge inférieur à 700 Ma (Murdama, Ablah, Hadn). Elle témoigne de la persistance
dun régime de subduction océanique durant le cycle panafricain (~ 700-600 Ma).
Le plutonisme et volcanisme (Jibalah) tardi- à
post-tectonique montre des signatures variées dont le trait le plus caractéristique est
une association calco-alcalin/alcalin , essentiellement acide et fortement
potassique. Les magmas calco-alcalins, de type crustal, pourraient dériver de la fusion
partielle de segments darc portés dans les conditions de haute température sous
leffet de la tectonique collisionnelle protérozoïque (Jackson et al., 1984). Les
magmas alcalins traduiraient la participation dun réservoir mantellique
intraplaque. Localement, des signatures adakitiques sont détectées qui suggèrent que la
fusion crustale a pu opérer à relativement haute pression (P > ~ 7-8 kb). Enfin, une
signature crustale " évoluée " est localement détectée qui
pourrait témoigner de la fusion dun réservoir de type " croûte
continentale ".
Introduction
Le projet " Bouclier
Arabo-Nubien " avait pour objectif une re-évaluation du cadre métallogénique
et structurale des minéralisations aurifères protérozoïques dArabie Saoudite
devant conduire à létablissement de nouveaux guides dexploration régionaux.
Dans ce cadre, une re-examen du magmatisme, fondé sur une compilation des données
géochimiques sur roches totales et lacquisition danalyses nouvelles de haute
précision (dosages par ICP-MS), permettait de contraindre les modèles géodynamiques et
dévaluer la relation éventuelle entre les minéralisations aurifères et un ou
plusieurs types de magmatisme particuliers.
Ce rapport a pour objectif de présenter les
résultats majeurs de cette investigation. Il se divise en deux parties : 1/
description de la base de données ; 2/ caractérisation des grandes périodes de
magmatisme dans lévolution géodynamique du bouclier arabo-nubien.
Base de
données géochimiques
Sources des
données
Linformation géochimique a été puisée
à trois sources : 1/ la bibliographie scientifique internationale, investiguée via
la base de données bibliographique GEOREF ; 2/ les rapports du DMMR ; 3/ les
rapports du BRGM.
Par ailleurs, différentes missions, faites dans
le cadre des activités de la Direction de la Recherche du BRGM entre 1993 et 1998 (dont
le projet " Bouclier Arabo-nubien "), ont permis de réaliser près de
150 analyses de haute précision (dosages des traces par ICP-MS) sur des roches
précisément localisées. Ce " corpus " analytique, dont une partie a
fait lobjet dun rapport précédent (Thiéblemont, 1997), a été intégré à
la base de données.
En général, seules les données à
" vocation " pétrologique ont été prises en compte. Ceci a amené
à négliger les analyses de type " exploration ", dont la précision
est inférieure aux standards généralement admis pour une investigation pétrologique.
Néanmoins, lorsque des données de ce type voisinaient avec des analyses plus précises,
elles ont été conservées et stockées " pour mémoire " dans un
domaine de la base bien distinct.
Faute de temps, la source offerte par les cartes
géologiques au 1/250 000 a été négligée. Dans loptique dune
" re-évaluation ", il convenait effectivement de privilégier les
analyses déléments traces, or de telles analyses ne sont pas publiées dans les
légendes de cartes.
Structure de la
base
Lintégration de la base de données
géochimiques au SIG réalisé dans le cadre du projet " Bouclier
Arabo-nubien " suppose que chaque analyse soit géoréférencée. Dans quelques
cas, et en particulier pour les données de la dernière mission du présent projet, une
localisation très exacte est fournie via lutilisation du GPS. Néanmoins,
dans la majorité des rapports et publications, les roches sont localisées sur des cartes
plus ou moins précises et, fréquemment, aucune indication nest donnée, hors le
nom de la formation géologique.
Ces problèmes ont conduit à adopter un mode de
géoréférencement inhomogène explicité dans une rubrique spécifique. Quand cela
était possible, les coordonnées géographiques ont été recalculées daprès les
cartes déchantillonnage ; de telles coordonnées sont toutefois très
imprécises. Fréquemment, il a été affecté à lunité géologique étudiée un
" point moyen ", dont les coordonnées ont été déterminées
daprès les informations fournies par les hauteurs ou les cartes régulières au
1/250 000. Enfin, une partie des analyses na pu être géoréférencée faute
dinformation.
Pour chaque analyse, la référence
bibliographique, ainsi que le nom de la roche et le numéro déchantillon, tels que
publiés par les auteurs, ont été saisis. Lensemble des éléments dosés a été
saisi et, comme évoqué précédemment, lorsque des dosages semi-quantatifs étaient
reportés dans les tableaux, ils ont été stockés dans un domaine bien distinct de la
base. Les méthodes analytiques ont été reportées dans deux rubriques ; lune
propre aux éléments majeurs et lautre pour les éléments traces. Pour chacune, la
précision analytique a été évaluée et classée selon une grille allant du
" very high " au " medium ". Cette évaluation
doit cependant être prise avec discernement et pour chaque élément, et quelle que soit
la méthode, la précision dépend bien évidemment du niveau de teneur.
Outre les dosages chimiques, trois niveaux de
nomenclature géologique ont été introduits. Le premier niveau, ou
" hyper unit ", renvoie au découpage actuel du bouclier
arabo-nubien en " terranes " et " sutures "
(Stoeser et Camp, 1985). Pour lattribution à un terrane ou une suture, le schéma
structural de Béziat et al. (1995) a été utilisé. Le second niveau de nomenclature, ou
" super unit ", renvoie à la reconnaissance de grandes unités, qui
peuvent être des ceintures volcano-sédimentaires ou des batholites, et regroupent des
formations supposées mises en place lors dune même phase dévolution du
bouclier. Enfin, le troisième niveau correspond à la formation géologique
(" unit ") ; pluton granitoïde ou unité cartographique au sein
dune ceinture volcano-sédimentaire. Conformément à la nomenclature adoptée par
Béziat et al. (1995), chaque unité a été attribuée à un " groupe
lithostratigraphique " soit : 1/ un " complexe
ophiolitique ", caractéristiques des zones de sutures (Stoeser et Camp,
1985) ; 2/ pour les ceintures volcaniques et sédimentaires ; des ceintures
" anciennes " (> 700 Ma), nettement anté-tectoniques, et des
ceintures " récentes " (< 700 Ma) (Murdama, Jibalah), tardi- à
post-tectoniques ; 2/ pour les roches plutoniques ; des intrusions
anté-tectoniques (> 700 M), dites " arc related ", des intrusions
syn-tectoniques (650-700 Ma) et des intrusions tardi- à post-tectoniques (650-530 Ma).
Dautres informations de moindre importance
ont été ajoutées à titre indicatif : nom du pays et, le cas échéant, nom de la
localité déchantillonnage et âge radiométrique, tel que fourni par les auteurs.
Contenu de la base
A la date de rédaction de ce rapport, la base
contenait de lordre de 2000 analyses de roches totales, portant sur environ 300
unités, et dont près de 900 incluaient des dosages déléments traces jugés de
précision " high " ou " high/medium ". Parmi ces
900 analyses, 150, dont la majeure partie incluaient un dosage de haute précision des
éléments traces (méthode ICP-MS), étaient issues des travaux menés entre 1993 et 1998
par le BRGM. Les autres provenaient dune cinquantaine de rapports et articles dont
la liste complète est annexée à ce rapport.
Ce corpus analytique sert de base à une
discussion de lévolution du magmatisme protérozoïque du bouclier arabo-nubien qui
fait lobjet de la deuxième partie de ce rapport.
Les grandes périodes de magmatisme dans lévolution géodynamique
du bouclier arabo-nubien : bilan geochimique
Complexes
ophiolitiques
Les complexes ophiolitiques du bouclier
arabo-nubien sont caractérisés par la présence de péridotites serpentinisées, plus ou
moins tectonisées, et par lassociation des différents membres de la
" suite ophiolitique ", telle que définie par la Conférence de
Penrose (Pallister et al., 1988). Ces complexes sont datés entre ~ 900 et 750 Ma
(Pallister et al., 1988).
Quelques études géochimiques ont été
publiées sur différents complexes : ophiolite de Turwah (Suture de Bir Umq)
(Nassief et al., 1984), ophiolite de Darb Zubaydah (Suture de la Nabitah) (Quick, 1990),
ophiolite de Jabal Al Wask (Suture de Yanbu) (Bakor et al., 1976) et ophiolite de Jabal
Ess (Shanti, 1984). Au total une centaine danalyses sont ainsi disponibles, qui
nincluent quun nombre limité déléments traces généralement dosés
par fluorescence X. Pour le type de roches considérées, cette méthode présente une
précision trop faible aussi, les données actuelles ne permettent-elles quune
caractérisation géochimique très incomplète du " magmatisme
ophiolitique ". Les auteurs saccordent néanmoins pour situer la mise en
place des ophiolites du bouclier arabo-nubien en contexte de
" supra-subduction " (bassins avant- ou arrière-arc), mais cette
conclusion repose davantage sur linterprétation des associations
lithologiques (présence de laves acides, de greywackes, de turbidites etc
), que
sur les caractéristiques géochimiques.
Une analyse dandésite en pillow
échantillonnée en 1994 dans lophiolite de Turwah a fait lobjet dune
analyse précise des éléments traces. Cette roche montre lensemble des caractères
des laves associées aux bassins arrière-arcs océaniques (Thiéblemont, 1987), ce qui
est cohérent avec linterprétation classique.
Ceintures volcaniques " anciennes " (> 700 Ma)
Sous la dénomination de roches volcaniques
dâge > 700 Ma, la carte de Béziat et al. (1995) regroupe un grand nombre
dunités stratigraphiques dont le dépôt sétale sur près de 200 Ma (~ >
900 700 Ma). Différentes études géochimiques synthétiques ont été publiées
sur ces ceintures qui ont conduit à reconnaître danciennes séries darcs
insulaires plus ou moins matures (Greenwood et al., 1976 ; Roobol et al., 1983 ;
Reischmann et al., 1983). Ces résultats constituent lun des
" piliers " du modèle daccrétion darcs classiquement
retenu pour lévolution du bouclier arabo-nubien entre ~ 900 et 700 Ma (Greenwood et
al., 1976).
A lexception danalyses
déléments majeurs (Greenwood et al., 1980 ; Jackaman, 1972), les données des
études géochimiques précédentes nont pas été publiées dans leur
intégralité, et seules des moyennes sont fournies par les auteurs (Roobol et al.,
1983 ; Reischmann et al., 1983). Ces analyses incluent un nombre variable
déléments traces, généralement dosés par fluorescence X. La caractérisation
géotectonique des laves repose sur des diagrammes de discrimination publiés dans les
années 1970 (Irvine et Baragar, 1971 ; Pearce et Cann, 1973 ; Miyashiro,
1974 etc
).
Une recherche des données sources à la base des
travaux synthétiques précédents na pas été entreprise, de même les
différentes moyennes nont pas été intégrées dans la base de données. En
général, les analyses compilées sur les laves des ceintures volcaniques
" anciennes " sont issues de travaux plus récents de trois
types : 1/ études thématiques publiés dans la littérature internationale ;
2/ travaux réalisés dans le cadre de levés cartographiques ; 3/ investigations
menés entre 1994 et 1998 dans le cadre des programmes de recherche sur le bouclier
arabo-nubien. A la date de rédaction de ce rapport, 550 analyses ont ainsi été
compilées dans la base de données, dont 96 incluent un dosage précis des éléments
traces
Les données de haute précision portent sur les
unités suivantes : 1/ ceinture de Samran (11 analyses) ; 2/ suture de la
Nabitah (10 analyses) ; 3/ ceinture dAl Amar (35 analyses) ; 4/ Afif
terrane (7 analyses) ; 5/ ceinture de Wadi Bidah Mamilah (13 analyses) ;
6/ ceinture de Wadi Shwas (17 analyses) ; 8/ district dAriab (Soudan) (3
analyses).
Comme les données plus anciennes, ces nouvelles
analyses témoignent les fortes analogies entre le volcanisme des ceintures anciennes et
les séries darcs insulaires actuels (Schandelmeier et al.,1994 ; Hottin et
al., 1987 ; Nassief et al., 1984 ; Leo, 1986 ; Bokhari et Kramers,
1981 ; Tofig et Al Shanti, 1983 ; Lemière in Donzeau et Béziat, 1989 ;
Thiéblemont, 1997) et confirment donc le modèle daccrétion darcs.
Différents diagrammes (fig. 1-4) illustrent ce
résultat. Le diagramme SiO2 vs. FeOt/MgO (fig. 1), qui
permet une discrimination entre les séries tholéiitique et calco-alcaline (Miyashiro,
1974), montre une très grande dispersion des analyses et une lacune assez nette dans le
domaine des laves intermédiaires (SiO2 ~ 61-66%). Ceci confirme la tendance
bimodale notée par différents auteurs. Les roches les moins acides (SiO2 <
55%) se répartissent préférentiellement dans le champ tholéiitique et les roches
intermédiaires à acides, dans le champ calco-alcalin.
Dans le diagramme TiO2 vs. FeOt/MgO
(fig. 2) la très grande majorité des roches se place dans le champ faiblement titané
(TiO2 < 1%), commun aux séries mises en place dans les zones de subduction
océanique (Miyashiro, 1974 ; Bébien, 1980). Quelques roches
" séchappent " vers le domaine des laves riche en titane, ce
qui traduit lintercalation locale de basaltes ferro-titanés (pro-parte MORB)
au sein des séries darc. Par ailleurs, de nombreuses roches basiques et
intermédiaires, particulièrement pauvres en TiO2 (< 0,5%), se
rattachent à la lignée boninitique (Hottin et al., 1987 ; Thiéblemont, 1997),
caractéristique des bassins avant-arc (Crawford et al., 1989).
Dans le diagramme Zr/TiO2 vs.
SiO2 (Winchester et Floyd, 1977) (fig. 3), la quasi-totalité des roches occupe
le champ sub-alcalin, et montrent une évolution depuis les basaltes vers les andésites,
dacites, rhyodacites et rhyolites.
Enfin, dans le diagramme (Th/Ta)N vs.
(Tb/Ta)N (Thiéblemont et al., 1994), les analyses se dispersent entre le champ
des séries tholéiitiques darc (IAT) et celui des basaltes arrière-arcs (BAB)
et quelques roches sinscrivent dans le champ des basaltes de rides
médio-océaniques (N-type MORB). Cette répartition est tout à fait comparable à
celle que lon observe dans les systèmes arc/arrière-arc océanique récents
(Thiéblemont et al., 1994). Les rapports (Tb/Ta)N élevés (> 1) traduisent
une origine des magmas mantelliques à partir dun réservoir appauvri,
caractéristiques des domaines océaniques.
En résumé, ce travail de compilation focalisé
sur des données récentes incluant des dosages de haute précision des éléments traces,
permet de re-évaluer, sur une large base analytique, le modèle daccrétion
darcs classiquement retenu pour lévolution du bouclier arabo-nubien entre ~
900 et 700 Ma. La confirmation, au sein des ceintures voclaniques anciennes, dune
gamme de types pétrologiques caractéristiques des domaines darc intra-océanique
(tholéiites darc, boninites, N-type MORB
), apparaît tout à fait cohérente
avec le modèle. Les signatures " appauvries " de ces laves
saccordent avec de faibles e NdT (Duyverman et
al., 1982) et tendent à confirmer la nature essentiellement juvénile du bloc continental
arabo-nubien.
Plutonisme anté- (> 700 Ma) et syn-tectonique : suite
tonalite-trondhjémite
Dans leur très grande majorité, les
granitoïdes anté-tectoniques se rattachent à la suite tonalite-trondhjémite et sont
classiquement considérés comme les équivalents plutoniques des laves des ceintures
volcaniques anciennes (" > 700 Ma arc-related intrusive
rocks ") (cf. Béziat et al., 1995). Les âges des plutons
anté-tectoniques sont très variables, depuis 945 Ma dans le terrane dHijaz (Al
Shanti et al., 1983) jusquà ~ 650 Ma dans la ceinture dAl Amar (cf. Le Bel et
Laval, 1986). Cette hétérogénéité traduit un fort diachronisme dans le fonctionnement
des arcs à lorigine de la croûte protérozoïque arabo-nubienne.
Des granitoïdes de la suite
tonalite-trondhjémite sobservent également en plutons syn-tectoniques, en
particulier au sein de la ceinture dAl Amar, où ils occupent de très vastes
surfaces (Béziat et al., 1995). Dans ce secteur, ils sont datés vers 620-600 Ma. (cf. Le
Bel et Laval, 1986).
Au total 184 analyses ont été compilées, dont
seulement une dizaine sont définies comme syn-tectoniques. La répartition de ce corpus
analytique se fait comme suit : 1/ ceinture de Samran (3 analyses) ; 2/ suture
de la Nabitah (16 analyses) ; 3/ ceinture dAl Amar (12 analyses) ; 4/ bloc
dAbt (9 analyses) ; 5/ terrane dAsir (92 analyses) ; 6/ terrane
dHijaz (34 analyses) ; 7/ terrane de Midyan (1 analyse moyenne) ; 8/
ceinture dAriab (soudan) (17 analyses).
En général, ces analyses ont été effectuées
par des méthodes performantes (fluorescence X, ICP " classique "),
mais seules une cinquantaine incluent un " package " complet
déléments traces dosés par des méthodes de haute précision (ICP-MS).
Les diagrammes SiO2 vs. K2O
(Peccerillo et Taylor, 1976) et SiO2 vs. A/CNK (où A/CNK représente le
rapport Al2O3/CaO+Na2O+K2O en proportions
atomiques) (fig. 5-6) illustrent les traits majeurs des roches plutoniques de la suite
tonalite-trondhjémite : composition basique à acide, affinité faiblement à
moyennement potassique et caractère métalumineux à faiblement peralumineux (A/CNK <
1,1). Ceci est cohérent avec une variabilité pétrographique allant de gabbros, à des
diorites, diorites quartzifères, tonalites et trondhjémites. Selon les plutons, les
proportions relatives de ces différents termes sont toutefois très variables.
Dans le diagramme Al2O3 vs.
Yb (fig. 7), les analyses se répartissent selon deux domaines, de signification
pétrologique très distincte, qui correspondent respectivement aux " low-Al
high-Yb " et " high-Al low-Yb " trondhjemites
de Barker (1979) et Arth (1979). Les premières constituent le type commun des arcs
océaniques récents pour lequel deux origines sont classiquement envisagés :
cristallisation fractionnée dun magma basaltique de " type
arc " ou fusion partielle à basse pression dun protolithe basique
(Barker, 1979 ; Arth, 1979). Les secondes se rattachent à un type plus accidentel au
sein des arcs modernes, qui correspond aux " adakites " de la
littérature des années 1990 (Defant et Drummond, 1990). Pour ces roches, une origine
largement admise est la fusion partielle dun protolithe basique dans les conditions
du faciès éclogite (Defant et Drummond, 1990). Ce modèle est reproduit dans le
diagramme Y vs. Sr/Y (fig. 8) ; la stabilité du grenat induit un
fractionnement très marqué de Y et des terres rares lourdes dans le résidu, à
linverse, labsence de plagioclase induit un comportement fortement
incompatible de Sr. Il en découle la production de magmas
" adakitiques " pauvres en Y (et Yb) mais riches en Sr et Al2O3
(" high-Al low-Yb trondhjmites).
Une quinzaine de plutons adakitiques sont
identifiés (fig. 8) : trondhjémite syn-tectonique de la ceinture de Samran
(BRGM, 1995), plutons syn-tectoniques intrusifs dans les schistes dAbt (~ 620-600
Ma) (Le Bel et Laval, 1986), gneiss tonalitiques de Suwaydah (729 Ma, suture de la
Nabitah) (Stoeser et al., 1983), complexe de Bustan (807 Ma, Hijaz Terrane) (Jackson et
al., 1983 ; 1984).
Finalement, les données de haut niveau de
précision analytique (niveau " high ") ont été reportées dans le
diagramme Zr vs. (Nb/Zr)N (fig. 9), qui permet une discrimination entre
le magmatisme calco-alcalin des zones de subduction et celui des zones de collision
(Thiéblemont et Tegyey, 1994). Seul un nombre restreint danalyses a pu être
reporté, néanmoins, une localisation dans le champ des zones de subduction apparaît
clairement avec une seule exception : le granite du prospect de Zalim, daté à
.. Ma (BRGM ? ? ?).
Cette revue encore très partielle des
caractéristiques géochimiques des plutons de type tonalite-trondhjémite au sein du
bouclier arabo-nubien, montre une bonne cohérence entre les signatures en éléments
traces et le modèle classique de subduction océanique (" arc-related intrusive
rocks " de Béziat et al., 1995). Une variabilité des signatures est mise en
évidence, depuis des granitoïdes pauvres en alumine caractéristiques des arcs
océaniques (Arth, 1979), vers des plutons adakitiques anté- ou syn-tectoniques. Selon
les travaux récents (Defant et Drummond, 1990 ; Stern et Kilian, 1996), un tel
magmatisme adakitique serait caractéristique des zones de subduction de plaques
océaniques " jeunes et chaudes " produites à laxe de rides
relativement proches des fossés de subduction. Les adakites peuvent donc constituer un
marqueur important pour les reconstitutions géodynamiques, néanmoins, les données
géochimiques sur le bouclier arabo-nubien sont encore trop parcellaires pour que des
contraintes fortes soient tirées des résultats pétrologiques.
Formations volcaniques " récentes " (< 700 Ma)
Une étude géochimique de quelques formations
volcaniques " récentes " de la partie centrale du bouclier (groupes
de Fatima, Arfan, Juqjuq, Jahhad et Hummah) a été publiée par Roobol et al. (1983) qui
concluent à lanalogie entre ce volcanisme et les séries émises au sein
darcs définis comme " intermédiaires " entre un type
" pacifique " (arc intra-océanique) et un type
" andin " (marge continentale). Une soixantaine danalyses ont
été effectuées par les auteurs dont ils ne fournissent malheureusement que des
moyennes. Ces moyennes ont néanmoins été intégrées à la base.
Outre ces moyennes, une cinquantaine
danalyses ont été compilées dont une partie inclut un dosage précis des
éléments traces. Les différents groupes lithostratigraphiques étudiés sont les
suivants : 1/ groupe de Fatimah (ceinture de Samran) (1 analyse) ; 2/ formation
de Hadn (suture de la Nabitah) (7 analyses) (Leo, 1986) ; 3/ Groupe de Murdama
(région dAl AmarAfif) (9 analyses) ; 4/ groupe de Jibalah (terrane
dAfif) (3 analyses) ; 5/ groupe dAblah (terrane dAsir) (10
analyses) ; 6/ groupe dAwar-Asoteriba (Soudan) (2 analyses).
La plupart de ces analyses ont été effectuées
par fluorescence X et ICP ICP-MS au BRGM entre 1989 et 1998.
Dans le diagramme Zr/TiO2 vs.
SiO2 (Winchester et Floyd, 1977) (fig. 10), les laves se localisent
essentiellement dans le domaine sub-alcalin et montrent une évolution depuis le champ des
basaltes, vers les andésites, dacites et rhyolites. Les groupes dAblah et du
Murdama montrent des laves variées, basiques à acides, à linverse, le groupe de
Hadn ninclut que des termes acides (rhyodacites et rhyolites). Notons que les
données antérieures de Roobol et al. (1983) sur les groupes Fatimah, Arfan, Juqjuq,
Jahhad et Hummah témoignent également dune large gamme de compositions, depuis les
basaltes jusquaux rhyolites. Enfin, la seule lave analysée au sein du groupe de
Jibalah montre une composition acide et se localise dans le champ des rhyolites
peralcalines (pantellérites et commendites).
Des diagrammes de normalisation
multi-élémentaires (fig. 11A-B) montrent de bonnes similitudes entre les laves des
groupes de Murdama, Ablah (fig. 11A), Hadn et Awat-Asoteriba (Soudan) (fig. 11B). En
particulier, toutes les roches présentent des anomalies négatives marquées en Nb et Ti,
et un fractionnement modéré entre terres rares. Ces caractères sont tout à fait
comparables à ceux des laves des zones de subduction récentes (Briqueu et al., 1984), ce
qui confirme les résultats de Roobol et al. (1983). A linverse, la rhyolite du
groupe de Jibalah montre une faible anomalies en Nb et apparaît très riche en Hf et Zr,
ce qui est cohérent avec une affinité alcaline.
Les diagramme (Th/Nb)N vs.
(Tb/Nb)N (Thiéblemont et al., 1994) (fig. 12) et Zr vs. (Nb/Zr)N
(fig. 13) confirment les observations précédentes. Ainsi, dans ces deux diagrammes, les
laves des groupes de Murdama, Ablah, Hadn et dAwat-Asoteriba, ainsi que les moyennes
publiées par Roobol et al. (1983) sinscrivent dans le champ du magmatisme des zones
de subduction océanique, dans une position comparable à celle des laves des ceintures
volcaniques anciennes (fig. 4). A linverse, la rhyolite du groupe de Jibalah se
localise dans le champ du magmatisme alcalin post-orogénique (fig. 13).
Malgré un nombre danalyses encore assez
faible, cette compilation sur les séries volcaniques récentes (< 700 Ma) montre de
bonnes analogies entre les laves des groupes de Murdama, Ablah, Hadn et Awat-Asoteriba et
le volcanisme des zones de subduction océanique actuelles. Ceci confirme les résultats
de Roobol et al. (1983) et témoigne de la persistance dun régime de subduction
postérieurement à 700 Ma, à une époque ou souvrent des bassins molassiques
" intra-orogéniques " (Ablah, Murdama) (Genna et al., 1999). A
linverse, la rhyolite du groupe de Jibalah, bien que contemporaine des séries
précédentes (
.. Ma, BRGM, non publié), se rattache clairement au volumineux
plutonisme calco-alcalin potassique à alcalin post-tectonique qui va envahir le bouclier
durant toute la fin du Protérozoïque (~ 650 530 Ma).
Plutonisme tardi- à post-tectonique (> 650 Ma) :
granitoïdes calco-alcalins potassiques et alcalins
Entre ~ 650 et 530 Ma, de très nombreux plutons
granodioritiques à granitiques se mettent en place au sein du bouclier arabo-nubien.
Cette période de magmatisme est de loin la mieux documentée, avec environ 1000 analyses
compilées (portant sur environ 210 unités géologiques), dont une grande majorité
inclut un dosage de bonne précision (" high " à
" medium/high ") des éléments traces (voir en particulier les
synthèses de Stuckless et al., 1985, 1986, 1987 et Laval et al., 1986).
Les travaux publiés ont fréquemment eu pour
objet dévaluer les potentialités minières des différentes suites
plutoniques (e.g. Jackson et Ramsay, 1986), quatre principales associations aux
minéralisations distinctes étant ainsi reconnues: 1/ une association
monzogranite ; 2/ une association granodiorite ; 3/ une association
alkali-granite ; 4/ une association alkali-feldspar granite ; auxquelles
sajoutent les associations syénite et monzonite, volumétriquement insignifiantes.
Dans ce schéma on reconnaît en fait deux
principales groupes : 1/ un groupe calco-alcalin potassique, qui couvre les
associations monzogranite, granodiorite et alkali-feldspar granite ; 2/ un groupe
" alcalin " qui correspond aux peralcalines (alkali-granite) et aux
granitoïdes les plus riches en potassium (monzonite, syénite).
Le diagramme SiO2 vs. K2O
(fig. 14) illustre cette très grande richesse en potassium, et le caractère
essentiellement acide (SiO2 > 63%) des plutons tardi- à post-tectoniques.
Vers les plus hautes teneurs en K2O se placent les syénites et monzonites
attribuables à la lignée shoshonitique. Vers les basses teneurs, on note un débordement
vers les champs moyennement à faiblement potassiques qui traduit essentiellement un
lessivage de K dans certains échantillons altérés. Néanmoins une douzaine de plutons
daffinité moyennement à faiblement potassiques, se rattacheraient effectivement à
la suite tonalite-trondhjémite, qui constituerait donc une part mineure du plutonisme
tardi- à post-tectonique.
Le diagramme SiO2 vs. A/CNK
(où A/CNK représente le rapport Al2O3/CaO+Na2O+K2O
en proportions atomiques ou " indice daluminosité ") (fig. 15)
montre le caractère essentiellement métalumineux (A/CNK < 1) à faiblement
peralumineux (1 < A/CNK < 1,1) des roches et laffinité fortement
peralumineuse (A/CNK > 1,1) dune soixantaine déchantillons. Comme le
montre le diagramme A/CNK vs. Na2O+K2O (fig. 16), pour
environ la moitié, ces roches présentent des teneurs en alcalins relativement faibles
(< 7%), et leur indice daluminosité est inversement proportionnel à la somme
Na+K. Cette évolution est attribuable à une lessivage des alcalins lors de
laltération. Pour les autres échantillons (soit une trentaine), le caractère
fortement peralumineux peut être considéré comme primaire (magmatique). De tels
plutons, assimilables aux granites de " type-S " de Chappell et White
(1974), ont été mis en évidence par Du Bray (1984) dans la partie est du bouclier
arabe. Notre compilation confirme quils ne constituent quun part très
subordonnée du plutonisme protérozoïque du bouclier, ce qui distingue clairement cet
orogène de chaînes de collision continentale telles que lHimalaya ou la chaîne
varisque dEurope occidentale (Lefort, 1975 ; Lameyre et Autran, 1980).
Le diagramme SiO2 vs. Al/Na+K
(fig. 17) (ou Al/Na+K est linverse de lindice dagpaïcité soit Na2O+K2O/Al2O3)
illustre lexistence dune proportion très significative de granites
peralcalins (soit Al/Na+K < 1), qui correspondent aux " alkali
granites " des différents auteurs (e.g. Jackson et Ramsay, 1986). Ce
" pôle " alcalin est attribué à la fusion dun réservoir
mantellique de type " intraplaque " lors de la distension
post-orogénique (Harris, 1985).
Une fois écartés les granites peralcalins,
peralumineux et les roches altérées, les granitoïdes tardi- à post-orogéniques
arabo-nubiens forment un groupe homogène qui se localise très majoritairement dans le
champ des granites du diagramme normatif Ab-Or-An (fig. 18). Comme évoqué
précédemment, une suite tonalite-trondhjémite apparaît néanmoins de façon très
discrète, de même, quelques roches plus basiques se placent dans le champ des
granodiorites. Significativement, la tendance potassique suggérée par le diagramme SiO2
vs. K2O (fig. 14) ne se retrouve pas dans le triangle Ab-Or-An (fig.
18), ce qui montre que les teneurs élevées en potassium traduisent un fort pourcentage
de feldspaths alcalins " globaux " (Ab+Or) sans augmentation
sélective du pourcentage dorthose. Ceci conduit à attribuer le caractère très
potassique (" shoshonitique ") à une cumulation des feldspaths
alcalins.
En résumé, le type dominant parmi les
granitoïdes tardi- à post-tectoniques du bouclier arabo nubien est un granite
métalumineux fortement potassique, localement cumulatif en feldspaths alcalins, associé
à quelques granodiorites. Ces roches définissent le " pôle "
calco-alcalin de la province post-orogénique arabo-nubienne. Il sy ajoute un grand
nombre de granites peralcalins qui définissent un " pole " alcalin,
et deux lignées subordonnées : lune peralumineuse et lautre
tonalito-trondhjémitique.
Cette association calco-alcalin/alcalin dominante
est décrite dans dautres provinces volcaniques et plutoniques
" post-orogéniques " : Adrar des Iforas (Liégeois et Black,
1987), province du Sonora (Mexique) (Richard et al., 1989), Corse varisque (Orsini, 1976).
Ce plutonisme calco-alcalin post-orogénique se distingue du magmatisme des zones de
subduction océanique par un caractère quasi-exclusivement acide et fortement potassique,
qui suggère une origine crustale. Il en est ainsi en Arabie, où le
" pôle " calco-alcalin potassique est attribué à la fusion des
segments darc, portés dans les conditions de haute température sous leffet
de la tectonique collisionnelle protérozoïque (Jackson et al., 1984).
Un diagramme Zr vs. (Nb/Zr)N
(fig. 19) a été récemment proposé (Thiéblemont et Tegyey, 1994 ; Thiéblemont,
1999) qui permet de discriminer les deux types de magmatisme calco-alcalin : 1/
magmatisme calco-alcalin essentiellement mantellique des zones de subduction
océanique ; 2/ magmatisme calco-alcalin essentiellement crustal des provinces
post-orogéniques. Dans ce diagramme, les granites calco-alcalins arabo-nubiens se
localisent essentiellement dans le champ crustal, ce qui est cohérent avec les
conclusions de Jackson et al. (1984). Par ailleurs, on note des débordements vers les
autres champs de discrimination : 1/ lun vers le champ du magmatisme
intraplaque (champ C), qui correspond au " pôle " alcalin du
magmatisme arabo-nubien, 2/ lautre vers le champ des leucogranites collisionnels,
qui correspond au " pôle " peralumineux, 3/ le troisième vers le
champ du magmatisme des zones de subduction, qui correspond à la suite
"trondhjémite-tonalite.
Une modélisation a été reproduite dans le
diagramme Zr vs. (Nb/Zr)N (fig. 20) qui permet dillustrer
lorigine possible des différents " pôles ". Conformément à
lhypothèse de Jackson et al. (1984), ce diagramme montre quun modèle de
fusion partielle des granitoïdes anciens (> 700 Ma) de la suite tonalite-trondhjémite
peut reproduire les gammes de teneurs en Zr et Nb de la plupart des granitoïdes
calco-alcalins post-orogéniques. Ce modèle ne peut toutefois rendre compte de la genèse
des granites alcalins, qui sont trop riches en Zr et présentent des rapports Nb/Zr trop
élevés. Dans ce cas et conformément au conclusions de Harris (1985), la participation
dun magma intraplaque alcalin peut être envisagée (fig. 20). Ce pôle basique se
caractérise par une teneur relativement forte en Zr et un rapport Nb/Zr élevé, ainsi sa
différenciation permet de produire des magmas acides riches en Zr et à fort rapport
Nb/Zr. La genèse des granites peralumineux, pauvres en Zr et à rapport Nb/Zr élevé,
requiert la participation dun réservoir riche en Nb et pauvre en Zr qui peut
correspondre à la croûte continentale (Rudnick, 1995). Ceci est cohérent avec
lorigine " supra-crustale "
(" metasedimentary " sensu lato) classiquement admise pour les
granites peralumineux (Chappell et White, 1974). Enfin, la genèse de la suite
tonalite-trondhjémite implique la participation dun " pôle "
présentant les faibles teneurs en Nb et Zr et les faibles rapports Nb/Zr
caractéristiques des magmas basaltiques associés aux zones de subduction océaniques.
Si le modèle de fusion partielle des matériaux
darc de type tonalite-trondhjémite peut rendre compte de la genèse des granites
calco-alcalins post-orogéniques, selon la pression à laquelle il opère, ce processus
est susceptible de produire deux types de granitoïde (Arth, 1979 ; Barker,
1979) : 1/ des granites pauvres en Al2O3 et riches en Yb (et
Y), si la fusion opère hors des conditions de stabilité du grenat et par conséquent à
pression modérée ou faible (P < ~ 7-8 kb), 2/ des granites riches en Al2O3
et pauvres en Yb (et Y) (adakites), si la fusion opère dans les conditions de stabilité
du grenat et par conséquent à pression élevée (P < ~ 7-8 kb).
Comme lillustre le diagramme Al2O3
vs. Y (fig. 20), la grande majorité des granites post-orogéniques du bouclier
arabo-nubien se rattache au premier type, ce qui suggère que la fusion a opéré à
profondeur moyenne, soit au plus vers 25 km. Ceci implique quau stade tardi à
post-orogénique, des températures dau moins 750°C était atteintes dans la partie
moyenne de la croûte. A linverse la possibilité dune fusion locale de la
croûte profonde (profondeur > 25 km) est confirmée par le diagramme Y vs.
Sr/Y (fig. 22), où une partie les granites riches en Al2O3 et
pauvres en Yb se localisent dans le champ des adakites (Defant et Drummond, 1990).
En résumé, cet inventaire géochimique confirme
une grande variabilité des signatures géochimiques du plutonisme tardi- à
post-tectonique et témoigne dune diversité des processus pétrologiques et des
réservoirs à lorigine des magmas. Ainsi, un modèle de fusion partielle de
matériaux de la suite tonalite-trondhjémite à profondeur moyenne (< 25 km)
peut rendre compte de la genèse du pôle calco-alcalin et fortement potassique (Jackson
et al., 1984). Toutefois, une signature adakitique discrète suggère que ce processus a
pu localement opérer à relativement haute pression. Le pôle alcalin requiert la
participation dun réservoir mantellique intraplaque (Harris , 1985), dont la
fusion pourrait être induite par une dynamique dextension (et/ou de
transtension ?). Enfin, la fusion dun réservoir crustal évolué peut être
envisagé pour les granites peralumineux dont lextension est toutefois réduite.
Conclusions
Cette compilation géochimique du magmatisme
protérozoïque du bouclier arabo-nubien, même si elle révèle quelques lacunes
dinformation (dosages déléments traces de haute précision dans les
différents termes de la suite ophiolitique par exemple), permet de caractériser les
grandes périodes de magmatisme dans lévolution géodynamique du bouclier
arabo-nubien. Une signature de type arc/arrière-arc est clairement identifiée dans le
magmatisme dâge > 700 Ma (suite ophiolitique, ceintures volcaniques anciennes,
suite tonalite-trondhjémite) qui apparaît cohérente avec le modèle de subduction
océanique classiquement admis pour lévolution précoce du bouclier. La persistance
dun volcanisme (groupes dAblah, Murdama, Hadn) et dun plutonisme (suite
tonalite-trondhjémite) de " type arc " entre ~ 700 et 650 Ma confirme
la persistance dun régime de subduction océanique durant le cycle panafricain.
Enfin, lassociation calco-alcalin/alcalin qui caractérise le plutonisme et le
volcanisme tardi- à post-tectonique traduirait le rôle majeur de la fusion intracrustale
et de linjection de magmas mantelliques de type intraplaque dans la
" cratonisation " finale du bouclier.
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Figure caption
Fig. 1. SiO2 vs. FeOt/MgO
diagram (Miyashiro, 1974) for the volcanic rocks of the " older volcanic
belts " of the Arabian Shield. CA field of the calc-alkaline
series ; TH field of the tholeiitic series.
Fig. 2. FeOt/MgO vs. TiO2
diagram (Miyashiro, 1974) for the volcanic rocks of the " older volcanic
belts " of the Arabian Shield. Symbols as on fig. 1. The line in this diagram
separates delineates the field of subduction zone-related calc-alkaline and tholeiitic
series (lower part of the diagram) (from Bébien, 1980).
Fig. 3. Zr/TiO2 vs. SiO2
diagram (Winchester and Floyd, 1977) for the volcanic rocks of the " older
volcanic belts " of the Arabian Shield. Symbols as on fig. 1. Sub-Ab
field of sub-alkaline basalts, And field of andesites, D+Rhd
field of dacites and rhyodacites, R field of rhyolites, AB
field of alkaline basalts, TA field of trachy-andesites, T
field of trachytes, C+P field of peralkaline felsic lavas (comendites
and pantellerites), B+T+N field of strongly alkaline basic lavas (basanites,
tephrites, nephelinites), Ph field of phonolites.
Fig. 4. (Th/Ta)N vs. (Tb/Ta)N
diagram (Thiéblemont et al., 1994) for the volcanic rocks of the " older
volcanic belts " of the Arabian Shield. Symbols as on fig. 1. WPAB
field of within-plate alkaline and transitional basalts, E-type MORB
field " enriched " mid-ocean ridge basalts, N-type MORB
field of " depleted " mid-ocean ridge basalts, CFB field
of continetal tholeiites, BAB field of basalts from intra-oceanic back-arc
basins, IAT field of island-arc tholeiites, CAB field of
calc-alkaline basalts.
Fig. 5. SiO2 vs. KO diagram
(Peccerillo and Taylor, 1976) for the pre- to syntectonic granitoids of the
tonalite-trondhjemite suite. SH field of the shoshonitic series, HK
field of the highly potassic series, MK field of the moderatly
potassic series, LK field of the slightly potassic series.
Fig. 6. SiO2 vs. A/CNK (where
A/CNK is the Al2O3/CaO+Na2O+K2O ratio in
atomic proportions) for the pre- to syntectonic granitoids of the tonalite-trondhjemite
suites. Same symbols as in fig. 5.
Fig. 7. Al2O3 vs. Yb
diagram (Arth, 1979) for the pre- to syntectonic granitoids of the tonalite-trondhjemite
suite. Same symbols as in fig. 5. Discrimination between the Low-Al High-Yb and
High-Al Low-Yb tonalites-trondhjemites.
Fig. 8. Y vs. Sr/Y diagram (Defant and
Drummond, 1990) for the pre- to syntectonic granitoids of the tonalite-trondhjemite suite.
Same symbols as in fig. 5.
Two trends have been drawn which model the
partial melting of a garnet-bearing basic protolith. On the left (crosses), the trend has
been calculated from protolith with an average MORB composition (Sr = 110 ppm, Y = 36 ppm)
(Hofmann, 1988) and 30% garnet (DY = 40) (Gill, 1981) in this source region. On
the right the trend has been calculated from a slightly Sr-richer protolith (Sr = 220 ppm)
and 10% garnet (DY = 40).
Fig. 9. Zr vs. (Nb/Zr)N diagram
(Thiéblemont and Tegyey, 1994 ; Thiéblemont, 1999) for the pre- to syntectonic
granitoids of the tonalite-trondhjemite suite. A field of subduction-zone
magmatism, B field of post-orogenic (crustal-derived) calc-alkaline suites, C
field of within-plate alkaline granites and rhyolites, D field of
peraluminous leucogranites from continent/continent collision zones.
Fig. 10. Zr/TiO2 vs. SiO2
diagram (Winchester and Floyd, 1977) for the volcanic rocks of the " younger
volcanic belts " of the Arabian Shield. Empty circles average
compositions of the lavas from the Hummah Group (data from Roobol et al., 1983), empty
diamonds average compositions of the lavas from the Jahhad Group (data from Roobol
et al., 1983), full diamonds average compositions of the lavas from the Juqjuq
Group (data from Roobol et al., 1983), full squares average compositions of the
lavas from the Arfan Group (data from Roobol et al., 1983), empty squares Hadn
Group (data from Leo, 1983), full triangles Murdama Group, asterisks Jibalah
Group, full circles Ablah Group, crosses - average compositions of the lavas from
the Fatimah Group (data from Roobol et al., 1983), empty triangles Awat-Asoteriba
group (Sudan).
Sub-Ab field of sub-alkaline basalts, And
field of andesites, D+Rhd field of dacites and rhyodacites, R
field of rhyolites, AB field of alkaline basalts, TA
field of trachy-andesites, T field of trachytes, C+P field of
peralkaline felsic lavas (comendites and pantellerites), B+T+N field of
strongly alkaline basic lavas (basanites, tephrites, nephelinites), Ph field
of phonolites.
Fig. 11. Primordial mantle-normalized trace
element patterns (normalization values from Hofmann, 1988) for some laves of the
" younger volcanic belts " of the Arabian Shield.
A Murdama and Ablah groups, B
Awat-Asoteriba (Sudan), Fatimah, Hadn and Jibalah groups.
Fig. 12. (Th/Nb)N vs. (Tb/Nb)N
diagram (from Thiéblemont et al., 1994) for the volcanic rocks of the " younger
volcanic belts " of the Arabian Shield. Empty squares Hadn Group
(data from Leo, 1983), full triangles Murdama Group, full circles Ablah
Group, empty triangles Awat-Asoteriba group (Sudan).
Symbols as on fig. 1. WPAB field of
within-plate alkaline and transitional basalts, E-type MORB field
" enriched " mid-ocean ridge basalts, N-type MORB field
of " depleted " mid-ocean ridge basalts, CFB field of
continetal tholeiites, BAB field of basalts from intra-oceanic back-arc
basins, IAT field of island-arc tholeiites, CAB field of
calc-alkaline basalts.
Fig. 13. Zr vs. (Nb/Zr)N
diagram (Thiéblemont and Tegyey, 1994 ; Thiéblemont, 1999) for the the felsic
volcanic rocks of the " younger volcanic belts " of the Arabian
Shield. Empty circles average compositions of the lavas from the Hummah Group (data
from Roobol et al., 1983), empty diamonds average compositions of the lavas from
the Jahhad Group (data from Roobol et al., 1983), full diamonds average
compositions of the lavas from the Juqjuq Group (data from Roobol et al., 1983), full
squares average compositions of the lavas from the Arfan Group (data from Roobol et
al., 1983), empty squares Hadn Group (data from Leo, 1983), full triangles
Murdama Group, asterisks Jibalah Group, full circles Ablah Group, empty
triangles Awat-Asoteriba group (Sudan).
A field of subduction-zone magmatism, B
field of post-orogenic (crustal-derived) calc-alkaline suites, C
field of within-plate alkaline granites and rhyolites, D field of
peraluminous leucogranites from continent/continent collision zones.
Fig. 14. SiO2 vs. K2O
diagram (Peccerillo and Taylor, 1976) for the tardi- to post-tectonic
calc-alkaline/alkaline association. SH field of the shoshonitic series, HK
field of the highly potassic series, MK field of the moderatly
potassic series, LK field of the slightly potassic series.
Fig. 15. SiO2 vs. A/CNK (where
A/CNK is the Al2O3/CaO+Na2O+K2O ratio in
atomic proportions) for the granitoids of the tardi- to post-tectonic
calc-alkaline/alkaline association.
Fig. 16. A/CNK vs. Na2O+K2O
diagram for the granitoids of the tardi- to post-tectonic calc-alkaline/alkaline
association.
Fig. 17. SiO2 vs. Al/Na+K
(where Al/Na+K is the Al2O3/Na2O+K2O ratio in
atomic proportions) for the granitoids of the tardi- to post-tectonic
calc-alkaline/alkaline association.
Fig. 18. Normative Ab-Or-An diagram (after
OConnor, 1965 modified by Barker, 1979) for the tardi- to post-tectonic metaluminous
granitoids of the Arabian Shield.
Fig. 19. Zr vs. (Nb/Zr)N
diagram (Thiéblemont and Tegyey, 1994 ; Thiéblemont, 1999) for the granitoids of
the tardi- to post-tectonic calc-alkaline/alkaline association (full circles). Comparison
with the felsic lavas of the " younger volcanic belts " (empty
triangles) and the syn- to pre-tectonic granitoids of the tonalite-trondhjemite suite
(empty circles). A field of subduction-zone magmatism, B field
of post-orogenic (crustal-derived) calc-alkaline suites, C field of
within-plate alkaline granites and rhyolites, D field of peraluminous
leucogranites from continent/continent collision zones.
Fig. 20. Modelling of the possible petrogenetic
evolutions of the granitoids of the tardi- to post-tectonic calc-alkaline/alkaline
association in the Zr vs. (Nb/Zr)N diagram. The three cross-marked PM
trends model the partial melting of an average granitoid (Zr = 120 ppm, Nb = 4 ppm) of the
pre-tectonic tonalite-trondhjemite association. Each cross represents an increment of 10%
in the degree of partial melting. The DNb coefficient is fixed to 0.2 and three
values are assumed for the DZr coefficient : 1.2, 0.8 and 0.5. This
variation is thought to account for the variable solubility of Zr induced by variable
melting temperatures (Watson and Harrisson, 1983). The AB point represents an
average composition of a within-plate alkaline basalt (Zr = 150 ppm, Nb = 30 ppm) and the FC
trend models the fractional crystallization of such a magma. Another PM trend
models the low temperature melting of the average continental crust (Zr = 123 ppm, Nb = 13
ppm) (point CC) (Rudnick, 1995) assuming a low solubility of Zr (DZr =
2) (Watson and Harrisson, 1983) and high solubility of Nb (DNb = 0.2). The
trend of fractional crystallization of the resulting crustal granites (FC) has been
drawn assuming a low solubility of Zr (decrease of Zr and increase of Nb/Zr during
differentiation).
Fig. 21. Al2O3 vs.
Y/10 diagram (adapted from Arth, 1979) for the of the granitoids of the tardi- to
post-tectonic calc-alkaline/alkaline association.
Fig. 22. Y vs. Sr/Y diagram (Defant and
Drummond, 1990) for the of the granitoids of the tardi- to post-tectonic
calc-alkaline/alkaline association. See fig 8 caption for explanations on the trends drawn
in this diagram.
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